Italiano
Les voilà écrites
Fabrizio Sabelli










Vendredi 9 novembre 2012
A coffee for Ivan Illich...What else?

“A coffee for Ivan Illich...What else?” Ce spot de George Clooney a été diffusé sur la toile d’abord et ensuite par les chaines de télévisions de presque tous les pays du monde. Avec ce geste, le beau George est sans doute entré dans l’Histoire. Le site de l’organisation qui a diffusé ce message a explosé. Résultat : trois millions de « I like » sur Twitter pendant les trois jours qui ont suivi le lancement du spot ; flash mobs ou manifs éclair, sur toutes les places des grandes villes du monde ; les livres de Illich vendus par centaines de milliers... Pourtant, il faut bien le reconnaitre, « a coffee for Ivan Illich » est tout sauf un message clair. Sans aucun doute, il suscite tout de même de la curiosité. Voilà sa force ! Mais voyons de quoi il s’agit. C’est simplement l’annonce d’une campagne européenne pour un changement radical de notre culture et de notre économie. Une campagne promue par ceux qu’on appelle « les panthères grises », un groupe de chercheurs troisième âge qui a créé à Naples l’Institut d’Etude de la prospérité par le sous-développement. Pourquoi à Naples ? Parce que il existe encore dans cette ville une vieille tradition dite du « café suspendu »: cela veut dire consommer dans les bars un café et en payer deux. Le café payé et non consommé, le café ainsi « suspendu », est destiné à un prochain client qui se présente mais qui n’a pas les moyens de se l’offrir. Sachant que 400 milliards de tasses de café sont consommées dans le monde chaque année, l’idée géniale des « panthères grises » de Naples a été de diffuser en Europe cette tradition napolitaine et de donner un nom au destinataire du café suspendu : il s’agit justement de Ivan Illich, mort il y a une dizaine d’années, grand prophète de la société conviviale et promoteur de la prospérité par le sous-développement. A la suite de l’opération George Clooney, des milliers de jeunes des réseaux européens de « Occupy Wall Street » ont composé une cordée des plusieurs milliers de bars « Illich coffee », - les bars suisses de la Semeuse ont été à la tête de cette cordée – et collecté les fonds destinés au démarrage de projets de prospérité par le sous-développement avec le mot d’ordre « past is our future ». Jamais une opération de crowd founding n’a eu un tel succès. Les projets de l’Institut de Naples ont fait tache d’huile, notamment en Grèce, en Italie du sud et en Espagne. Résultats ? Un succès fulgurant : élimination de chaumage, satisfaction de tous le besoins de base par les activités d’agriculture solidaire, accroissement du tourisme convivial et création de petites entreprises artisanales dont les produits sont destinés uniquement aux marchés locaux. Last but not least, la fête en permanence. Est-ce vrai tout ce que je viens de vous annoncer ? Quand le monde de l’économie dominée par les marchés nous demande de garder tristement les pieds sur terre, cela fait du bien, ne serait-ce que pendant trois minutes, de se laisser bercer par les nuages d’utopies réalisables.



Vendredi 12 octobre 2012
Tiens, tiens... Nous sommes en guerre
à notre insu !

Trois jours après sa mort. Eric Hobsbawm, le grand historien britannique reveur de révolutions impossibles, m’a rendu visite pendant mon sommeil. « Voici cher ami, - m’a-t-il dit – l’aventure que j’ai vécue tout juste après avoir quitté ma vie. Guidé par mon ange gardien je me suis retrouvé dans un luxueux chalet de Gstaad où j’ai assisté à la réunion secrète des cinq personnes qui décident, en ce moment, du sort de nos peuples européens. C’était une sorte de club informel composé de personnes qui tirent leurs profits de la gestion de nos dettes, les dettes de nos Etats, des dettes qu’autrefois on appelait « souveraines » et qui sont devenues de nos jours « dettes esclaves ». Il y avait le representant de China Investment Corporation et des banquiers de Hong Kong : valeur 1300 milliards de dollars, celui mandaté par les Emirats Arabes Unis qui contrôle 627 milliards, le norvegien qui gère 593 milliards, le saoudien qui administre nos dettes pour une valeur de 533 milliards et le représentant de Singapour qui pèse seulement 400 milliards. Total : 2153 milliards. Meme si ces cinq messieurs ne controlent que 5% de la dette globale dont le montant est d’environ 50 mille milliards de dollars, ils vont probablement changer le cours de l’histoire de notre continent européen. Tu sais ce que j’ai entendu lors de cette réunion qui je qualifie « d’historique » ? Qu’ils étaient parfaitement conscients que tous ces milliards de dettes étaient virtuellement, - pardonne moi le mot – de la merde, de l’immondice,... « rubbish », disaient-ils, puisque ils ne seraient jamais remboursés. Mais puisque la crise fait bien les choses et que la faillite de la Grèce et de l’Espagne aurait plongé les autres pays dans une très longue récession, il fallait en profiter et entamer d’hors et déjà l’achat à des prix dérisoires des meilleures entreprises, des meilleures technologies et des meilleurs brevets européens et, surtout, l’acquisition des superbes gisements culturels présents surtout en France et en Italie. On pouvait commencer par la tour Eiffel, le Louvre, le centre Pompidou, le Musée égyptien de Turin, la Pinacothèque de Brera de Milan, le Colisée et l’auditorium de la musique de Rome...La liste était longue ! »
Avant de me quitter, Eric l’historien m’a livré cette phrase que je n’oublierai jamais : « Nous sommes en guerre, mon cher. Et toute guerre suppose des pillages. Mais puisque ni les victimes ni les pillages sont visibles, nous sommes en guerre à notre insu. »



Vendredi 13 juillet 2012
Les mangeurs d’or ont leur ventre plein

Cuma est une petite ville près de Naples. C’est là que vivait, il y a 2500 ans, une femme très puissante qui s’appelait Sibylle, connue comme la Sibilla Cumana, célébrissime prophétesse du paganisme romain. Il y a quelques jours, en prenant la posture d’un pèlerin païen, j’ai lui ai rendu visite. Puisque nous ne savons pas ce qui nous attend les prochains mois et les prochains années, je me suis dit que, peut être, cette femme/oracle, réputée pour ses capacités prophétiques, était encore là et qu’elle avait une petite idée sur l’avenir qui nous prépare cette crise du capitalisme financier. « Je t’attendais », m’a-t-elle dit dès mon entrée dans sa caverne. « Et je sais aussi ce que tu veux de moi. Dès lors, écoute-moi bien. Depuis que la société existe, nous, les prophètes, avons guidé le monde puisque les hommes au pouvoir nous ont toujours écoutés religieusement. Les deux derniers prophètes ont fait un excellent boulot. Ils s’appelaient Karl Marx et Adam Smith. Depuis, des milliers de faux prophètes les ont remplacés. Ils s’appellent gestionnaires de fortunes ou experts financiers à la solde d’une poignée de richissimes messieurs qui se font nommer « marchés ». Ceux nouveaux usurpateurs de ma profession prophétique ne s’occupent pas des vos lendemains. L’avenir ne les concerne pas. Ils ne sont que des machines à prévoir ce qui se passe dans des fractions de secondes sur le marché des dettes. Ainsi, non seulement ils ne sont pas concernés par les effets du désastre qu’ils provoquent, mais, en prenant notre place, ils nous privent d’accomplir notre fonction millénaire : donner aux humains un peu de sens à leur existence. » « Alors, Sibylle, que va-t-il se passer ces prochains temps » je lui ai demandé. Du fond ce la caverne j’entendis la voix rauque de l’Oracle proférer ces mots très sibyllins : « Les mangeurs d’or ont leur ventre plein. Demain, ils iront se reposer sur les plages d’Ulysse pour, ensuite, déféquer sur les cimetières où reposent les justes, avant que la légion des anges exterminateurs ne les balancent dans leurs enfers fiscaux. »






Vendredi 16 jiun 2012
Le diable au Vatican et les démissions du Pape.

Une rumeur circule dans la ville de Rome. Il semble que le Pape Benoît XVI ait fait un rêve cauchemardesque. Dans son sommeil, le diable, l’ange déchu, se serait manifesté à lui en l’appelant au secours. « Je sais que tu trouveras ma démarche très surprenante, - lui aurait-il dit. Il faut que tu saches, mon cher Benedetto, qu’ici au Vatican rien ne va plus. Tu sais bien que le travail que j’ai accompli dans ce lieu depuis deux mille ans vous a permis de garder votre hégémonie dans le monde, une hégémonie politique et militaire d’abord, spirituelle et d’influence ensuite. L’élimination des païens, les indulgences, les croisades et l’inquisition c’est moi qui vous les a suggérés. Le succès a été indéniables ! Vous ne pouvez pas le nier. Les résultats sont là : tu es toujours ici dans ton petit royaume, respecté et aimé encore par des centaines de millions de fidèles. Mais maintenant cette œuvre à la fois magnifique et maléfique que nous avons créée ensemble depuis l’effondrement de l’empire romain est en train de s’écrouler comme un château de cartes. Un bon nombre de prélats proches de toi se sont emparé de mon boulot. Ils ont créé un lobby imbattable, composé d’hommes politiques puissants, de banquiers sans scrupules, d’hommes d’affaires maffieux et de promoteurs de réseaux pédophiles. Ils sont redoutables, tu sais ? Organisés en plusieurs sectes masquées en « communautés », ces canailles ont un seul et unique souci : ramasser le maximum d’argent possible avant d’abattre leur vache à lait qu’est devenue notre Cité du Vatican. Tu es un savant, un grand théologien, Benedetto Ratzinger, tu sais bien que nous sommes complémentaires et que, au fond, moi, en raison de mon origine angélique, je ne peux pas exister sans vous le catholiques et vous ne pouvez pas survivre sans moi, le diable. Mon meilleur travail je le fait ici, au Vatican. Je t’en supplie, Benedetto Ratzinger, fais quelque chose avant que notre belle organisation ne disparaisse à tout jamais ! »
Ces jours-ci, une autre rumeur se répands dans la ville : il semble que Benoit XVI aurait déjà rédigé sa lettre de démission et que de celle-ci s’exhale une étrange senteur de souffre.






Vendredi 18 avril 2012
Aristote l’indigné, fantôme de la révolte en Grèce.

Accoudé à la balustrade d’un muret du Capitole, Aristote regarde les ruines du forum romain. « C’est vrai – me dit-il. Vous, les italiens et nous les grecques avons plusieurs choses en commun. Si le peuple d’Athènes est en révolte – poursuit-il - c’est parce que quelques débris de ma pensée demeurent encore dans leur tête. Tout comme ces vestiges de gloire qui sont devant nos yeux travaillent le cerveau des habitants de cette ville de Rome et les rendent fatalistes. » « Je vous demande pardon, maître. J’ai de la peine à vous suivre – je lui dit. « Voyez-vous cher ami, tout se passe comme si dans la mémoire profonde de mon peuple quelques-unes de mes idées demeuraient toujours présentes. Vous le savez bien, j’étais parmi les premiers philosophes à avoir pensé l’économique. Certes je n’ai pas fondé la science économique, comme disent certains. J’ai voulu simplement faire un peu d’ordre dans les idées sur ce que c’est que la richesse. J’ai me suis intéressé aux activités des hommes qui s’organisent pour vivre ensemble à l’aide de moyens matériels. Et ma pensée n’était pas si compliquée que cela, vous savez ? Je disait que l’homme est tout simplement un animal politique. Et c’est pour cela que l’exigence de justice devrait caractériser la vie en société ; que l'argent n’est qu’un moyen pour échanger des valeurs d'usage en vue de satisfaire de besoins essentiels ; que le commerce sert, avant tout, à établir des liens d’amitié entre les humains. Bref, dans ma vision, l’activité économique était destinée à créer du bonheur. Or, dans votre monde néolibéral, sous prétexte que la vie doit se soumettre à des lois débiles, que vous appelez les lois du marché, - qui, d’ailleurs, ne sont pas des lois, mais des pièges à cons,- mon peuple d’Athènes a été poussé, comme tout le monde, à des activités contre nature, comme, par exemple, accumuler des dettes, qui déshumanisent tous ceux qui se livrent à ce jeu diabolique. On a fait croire à mes concitoyens que l’économie était l’art de la démesure. On leur a fait croire que la spéculation et l’endettement générait le bonheur. Et voilà le résultat : les grèques glissent vers la catastrophe nationale, leurs salaires ne sont plus payés, le travail disparait et les gens se suicident. Et tout cela pour que des trafiquants d’argent qui résident dans des paradis fiscaux puissent empocher des dizaines de milliards. Et ces spéculateurs sont des charognards, croyez-moi ! Le saviez-vous que cette montagne d’argent qu’ils empochent est le fruit de leur pari financier gagnant sur la mort de mon peuple ? » Avant qu’il me quitte, je lui pose une dernière question : « Maitre, qu’allez-vous faire maintenant pour aider votre peuple? » « Je me rends à Athènes, sur la place Syntagma, - me répond-il - rejoindre mes amis indignés avec ce calicot sur lequel j’ai annoté une phrase que j’ai écrite il y a 2 400 ans : "Le bonheur est à ceux qui se suffisent à eux-mêmes."

Vendredi 6 avril 2012
Gustave et la saine imposture planétaire

J’en ai marre des mensonges officiels que les media diffusent urbi et orbi. Alors, j’ai demandé à Gustave, mon ange gardien, de se rendre dans une des suites de l’Hôtel Beaurivage à Genève et assister, invisible, à une rencontre entre deux hauts dirigeants de la Goldman Sachs et du fond d’investissement BlackRock. Car, ces deux vénérables institutions font partie de ce club planétaire que les soi disant experts appellent « marchés ». Un club redoutable qui, de nos jours, décide de la vie et de la mort de milliards d’êtres humains. Les actifs de la Goldman Sachs dépassent ceux de la banque centrale européenne et le fond BlackRock administre un patrimoine de 3500 milliards de dollars, un montant supérieur à n’importe quelle banque centrale du monde. Voici leur dialogue enregistré par Gustave que j’ai transcrit pour vous dans cette chronique. « Nous sommes au bord de la catastrophe, mon cher ami. A Wall Street, la direction de notre Banque en est persuadée ! » « Nous aussi, chez BlackRock, sommes convaincus que nous ne pourrons plus récupérer nos crédits. C’est fichu. La plupart des Etats, si l’on fait exception de la Suisse et de quelques autres, sont en faillite virtuelle. Mais il faut garder la stratégie adoptée jusqu’ici : il faut faire croire que tout va bien et que la crise n’est pas une crise de système, mais une brève parenthèse. Il faut répéter sans cesse que tout rentrera dans l’ordre dans quelques mois. Il faut presser le citron tant qu’il y a du jus. Ainsi on limitera les dégâts. » « Vous avez parfaitement raison, cher ami. Sur cela nous de la Goldman Sachs sommes totalement d’accord. Toutefois, on a du mal à cacher la crise chinoise. Et c’est la Chine la fabrique du monde. C’est elle qui nous a sauvé jusqu’à ici. Et maintenant 40% des entreprises chinoises délocalisent, en l’espace de quelques mois il y a eu plus que cent mille révoltes populaires, mille entreprises en grève seulement dans le district de Guangdong, 85% des ouvriers très insatisfaits et prêts au soulèvement, la production et l’exportation sont en baisse. Et puis, les chinois ne consomment plus. Leur marché interne est lui aussi victime de la crise, un million de riches millionnaires chinois ont quitté leur pays pour trouver leur bonheur ailleurs, beaucoup d’autres s’apprêtent à faire la même chose. » « Permettez-moi de vous interrompre, chez ami, et parlons « solution ». Celle que vous préconiser à la Goldman Sachs nous pensons la connaître. Tout d’abord, vous débarrasser au plus vite de cet afro-américain qui vous gouverne et souhaiter, ensuite, que le fous iranien déclenche une guerre, mais une vraie guerre, cette fois-ci, pas une vraie-fausse opération militaire humanitaire. » « C’est cela ! Mais, chut, silence. Et que la saine imposture planétaire continue ! »

Vendredi 9 mars 2012
Anonymous masqué démasque les acteurs
du pouvoir

Un personnage étrange et paradoxal hante le sommeil de quelques centaines d’individus tout puissants. Il terrorise ceux qui dominent le monde, ceux qui conditionnent l’existence quotidienne de nous tous. Ce personnage fait trembler un grand nombre de messieurs qui, le cigare au bec, possèdent des banques, contrôlent des institutions financières, gouvernent des pays, guides des armées et dirigent des services secrets. Cette figure a ceci d’étrange qu’elle pourrait être moi qui vous parle, vous qui m’écoutez, la femme ou l’époux qui dorment à votre coté, votre frère, votre sœur, votre meilleur ami. Il est une multitude de gens ; il est une foule d’humains, mais il agit en solitaire, il s’exprime d’une seule voix et se manifeste d’une seule tête. Unique et multiple : voilà la nature paradoxale de ce personnage qui fait de lui l’être le plus énigmatique de notre temps. Il se nomme Anonymous et il est le complice le plus efficace des indignés du monde entier, des laissés pour compte du régime néolibéral. Il s’infiltre pour dénoncer les mensonges et pour diffuser ses propres messages. Il s’est infiltré dans les sites des multinationales, dans ceux du FBI américain, du Pentagone et des autres ministères étatsuniens pour en démasquer les supercheries. Il vient même de s’introduire dans le site de la court constitutionnelle Hongroise pour y placer une version non répressive de la nouvelle charte du pays. Tremblent les grandes banques d’affaires. Tremblent les institutions financières qui imposent à des nombreux pays l’endettement forcé ; tremblent les multinationales qui monopolisent leurs marchés. Elles craignent toutes qu’un tsunami de vérités dévastent leur empire de mensonges. Voilà pourquoi cette crise nous réserve des surprises. Si votre avenir et celui des vos enfants vous concerne, suivez les incursions de Anonymous dans les viscères informatiques des pouvoirs pour découvrir le monde tel qu’il est. Ah ! Je vous demande pardon. J’oublié de me présenter. Je m’appelle Guy Fawkes et je vous parle à la place de Fabrizio Sabelli. J’ai vécu il y a 400 ans en Angleterre où le 31 janvier 1606 je me suis fait exécuter et couper en morceaux par le roi. Je suis donc un revenant, un revenant révolté. Des créateurs de bandes dessinés m’ont imaginé masqué et mon masque vous l’avez déjà vu dans toutes les manifestations des indignés. C’est le masque d’Anonymous : visage blanc, petites joues roses, une fine moustache et une barbiche. Ce visage souriant en carton-pâte symbolise bien le combat qui vous attend et les armes dont vous allez disposer ; à savoir : la fantaisie, l’art, le théâtre et l’histoire.



Vendredi 17 février 2012
Voir ! Le programme électoral de Obama

Cette nuit-là, Barack Hussein Obama, quarante-quatrième président des Etats Unis d’Amérique, n’arrivait pas à prendre sommeil. Il venait de terminer la lecture d’un livre bouleversant. C’était L’aveuglement  écrit par José Saramago. Son épouse Michelle l’avait posé discrètement sur sa table de nuit. Ce roman du prix Nobel de 1998 l’avait plongé dans un univers cauchemardesque. Dans un pays imaginaire, une épidémie de cécité avait frappé une communauté pour se répandre ensuite dans le monde entier. Les conséquences matérielles, physiques, psychologiques et sociales de ce fléaux avaient été effrayantes. Saramago met en scène une humanité qui perd tous ses repères après avoir perdu la vue. Une masse humaine qui retourne à ses instincts, à ses pulsions primaires, glissant peu à peu vers l’animalité. Dans le monde qu’il décrit, il n’y a plus d’autorité que par la violence, il n’ya plus de droit que celui du plus fort. Et les plus forts sont ceux qui font régner la terreur.
« Ce livre n’est pas un simple récit qui met en scène une épidémie, - c’était dit Obama - C'est une véritable allégorie de notre monde. Nos peuples, eux non plus, ne voient plus rien, rendus aveugles par le virus diffusé par les spéculateurs qui se font appeler « les marchés » pour rendre invisible leur véritable identité. Nos peuples, eux aussi, sont victimes d’une affreuse épidémie, une épidémie très contagieuse qui s’appelle endettement irréversible. Les effets catastrophiques de ce fléau sont déjà là. Mais peu de gens les voient. Jusqu’à cette nuit moi aussi j’étais aveugle. Les humains vont se transformer en bêtes sauvages s’ils ne retrouvent pas leur capacité de voir le monde tel qu’il est. »
En proie à des sueurs froides, le président ferme son bouquin. Son regard tombe sur une phrase imprimée sur la quatrième page de couverture. « La cécité, c’est la cécité de la rationalité. Nous, nous sommes des êtres rationnels, mais nous ne nous comportons pas de façon rationnelle. Si nous le faisions, dans le monde personne ne mourrait de faim. » Cette phrase, tirée d’une interview de José Saramago ne faisait que confirmer son intuition. « Dans ce roman - pensa-t-il - se cache la critique la plus dévastatrice de la mondialisation, de la consommation de masse et du fonctionnement de la démocratie dans nos sociétés. La littérature est révolutionnaire ».
A cinq heures du matin, le Président appela Alan Krueger, son conseiller économique. Le mot d’ordre du programme dans la campagne pour sa réélection aurait été « soigner tous les américains par la lecture et par la culture pour qu’ils retrouvent l’usage de leurs yeux ».

Vendredi 17 janvier 2012
Métamorphose de George Soros

Un matin, au sortir d’un rêve agité, George Soros s’éveilla transformé dans son lit en un véritable vautour. Couché sur le dos, les deux pattes en l’air, en levant sa tête il s’aperçut qu’il avait un long cou dénudé et le ventre matelassé de plumes couleur chamois-brun.
« Que m’est-il arrivé ? » pensa-t-il. Ce n’était pourtant pas un rêve : il constata que sa chambre d’hôtel à Davos était bien celle qui l’avait accueilli la veille.
George regarda par la fenêtre. Un paysage insolite apparut à ses yeux. Les dénivelés, les falaises des montagnes suisses et les toits des maisons étaient recouvertes d’une couche brune. Des gros flocons de neige noire tombaient doucement. Il en observa quelques-uns de près. Ce n’étaient pas de flocons, mais des cadavres de papillons noirs. Par son bec il ouvrit la fenêtre donnant sur la rue qui conduit vers le palais des Congrès. Les trottoirs étaient parsemés de cadavres de jeunes et de pauvres gens et de centaines de vautours, comme lui, étaient en train de les déchiqueter.
« C’est affreux, insupportable – se dit-il. Mes collègues et complices de la finance ont subi le même sort que moi. Pourtant, je les avais mise en garde contre leur voracité. Je les avais même prévenus qu’on allait tout droit vers la catastrophe. J’aurais voulu être un castor, moi. Un castor bâtisseur de progrès, en compagnie de tous ceux qui aiment la liberté et la solidarité. C’est pour cela, d’ailleurs, que je suis entré dans les affaires. Mes 15 milliards de dollars m’ont rendu libre. Libre de faire ce que je veux, libre d’aider tous ceux qui sont victimes d’injustice. Ce sort, je ne le mérite pas. Je ne suis pas un vautour, moi ! » Pendant que ces pensées s’agitaient dans sa petite tête d’oiseau, George pressentit la présence de quelqu’un dans sa chambre. Son maitre et ami Karl Popper était là, assis sur son lit. « Tu vois, mon cher György – lui dit-il. Le désir de liberté est quelque chose de naturel qu’on retrouve déjà chez les animaux et les petits enfants. Dans le champ de la finance qui est un champ politique, cependant, la liberté devient problème parce que la liberté illimitée de chaque individu rend impossible la société humaine et transforme l’homme en animal sauvage, en prédateur. Quand je suis libre de faire tout ce que je veux, je suis aussi libre de voler aux autres leur propre liberté. »

Vendredi 16 décembre 2011
Les « cadeaux-vérité » de Saint Nicholas

En cette année-là, Saint Nicholas était triste. « Je ne veux pas distribuer les mêmes cadeaux que d’habitude », se dit-il. « Le monde va très mal. Trop de gens souffrent par manque de nourriture, de soin médicaux, d’un minimum de confort ; sans travail et plongés dans l’ignorance faute de moyens et de temps. Des nuages noirs se profilent à l’horizon. » Mais le Noël approchait et Saint Nicholas se dit que, vue la situation, il fallait apporter un nouveau genre de cadeaux et non seulement aux enfants mais aussi aux adultes. Et puisque il n’en avait pas, il s’adressa à ses amis les lutins et à ses amies les fées en les priant d’en confectionner pour toute l’humanité et de l’aider à les distribuer. Les lutins et les fées qui occupaient les villes de tous les pays et qui couchaient sous des tentes acceptèrent avec grand plaisir d’aider Saint Nicholas. Ils remplirent leurs traîneaux électroniques des potions magiques de la vérité que des alchimistes des années soixante dix avaient préparées mais que la junte des populistes illusionnistes au pouvoir avaient enterrées parce que celles-ci pouvaient démasquer leurs tromperies et leurs mirages. L’opération « cadeaux vérité » - c’est ainsi que les fées et les lutins l’avaient nommée - prit naissance la nuit du 24 décembre et se poursuivit tout au long de l’année suivante. Ces « cadeaux-vérité » étaient des potions magiques. Oui ! Des potions magiques livrées par des traîneaux électroniques qui montaient haut dans le ciel, touchaient des satellites et redescendaient sur terre. Ces « cadeau-vérité » permettaient aux humains d’acquérir à nouveau leurs lucidité et avec celle-ci, leur bonheur. Car, pendant des années ils avaient été ensevelis sous une montagne de mensonges. Les cadeaux-vérité leur faisaient découvrir que ce qu’on nommaient les marchés étaient en réalité une poignées de gnomes, à la fois idiots et malins, qui influençaient à leur profit les politiques des Etats ; que les gouvernements élus démocratiquement ne pouvaient que se soumettre à leurs dictats ; que ce qu’on appelait le PIB n’était qu’un leurre, puisque il ne désigne que des richesses comptables. C’est par les « cadeaux-vérité » qu’ils prirent conscience que ce qu’on appelait les « disciplines budgétaires » étaient, surtout, des manières de soustraire de l’argent et des services aux plus démunis ; que les places financières étaient de Casinos gigantesques producteurs de pauvreté ; que les banquiers étaient en réalité, surtout, des spéculateurs, et, enfin, que notre planète n’était ni notre vache à lait intarissable, ni notre poubelle, mais la mère complice à nous tous dans notre recherche d’équilibre et de bonheur. Avec ces cadeaux livrés à l’humanité, Saint Nicholas, les fées et les lutins avaient été à l’origine d’une « conversion culturelle » planétaire. Ils étaient entrés dans l’Histoire, en passant par les gaines des cheminées.

Vendredi 9 décembre 2011
Occupy people’s heads

Je vous présente aujourd’hui, 9 décembre 2026, l’extrait d’une page d’un livre de souvenirs d’un ancien indigné. Il a été écrit il y a un an, en 2025. Je me souviens l’année 2012. En ce temps-là nous campions dans des places publiques de 1235 villes du monde. Les producteurs d’information n’avaient rien compris. Les journaux télévisés et la presse écrite nous ignoraient ou, alors, ils nous traitaient de « révoltés naïfs sans idées ni projets ». Je me souviens que le seul personnage connu qui croyait vraiment à notre combat était un jeune homme de 93 ans qui s’appelait Stephan Hessel, celui qui avait publié un petit livre à succès, intitulé « Indignez-vous ! ». Je me souviens que la débâcle de celle qu’on appelait « l’industrie financière » avait fait des ravages. Environ 80% de la population des pays riches avait été touchée par la récession et presque un milliards de personnes souffrait la faim. Je me souviens que, en cette année-là, nous étions peu nombreux à croire que notre mouvement allait provoquer un changement majeur dans l’histoire du capitalisme. Seulement quelques-uns d’entre nous était persuadé que le slogan « nous sommes les 99% » pouvait correspondre à la réalité. Je me souviens quand, les mois suivants, les membres de notre mouvement prirent conscience, par millions, que le mot d’ordre « occupy », qui signifie « occuper des lieux », n’était qu’une métaphore et que ça voulait dire « Occuper la tête des gens », entrer dans leurs sensibilités, dans leurs désirs, dans leurs rêves et leurs envies de changer le monde. Je me souviens quand nous avons presque tous compris qu’il fallait déclencher une véritable « conversion culturelle » ; quand nous avons forgé un langage à la fois nouveau et vieux, dépouillé des scories idéologiques et coloré de poésie. Quelques-unes de nos phrases qui circulaient sut Twitter et sur des Radios libres, sont restées dans ma mémoire. En voici quelques –unes. « Nos arbres sont nos poètes et les étoiles nos guides. » « Les cimetières des marchés financiers sont ouverts au public ». « Les objets s’émancipent et deviennent des choses. » « Nous twittons avec les experts pour les vacciner de leurs bagous.» « Les bourses de la solidarité ferment tous les week ends avec les actes d’amour toujours en hausse. » « Le lendemains chantent le travail lors des enterrements du chômage. » « Les agences de rating se transforment en agences de creating ». « Le ventre de notre terre aimerait garder son pétrole ». « Les artistes, les créateurs, les écrivains et les poètes sortent de leurs trous et ils nous apprennent à devenir fous.» « Notre mère l’Histoire nous nourrit du lait de sa……………..« Nous fouillons le passé pour y découvrir les signes de notre avenir. »

Vendredi 25 novembre 2011
La Mégamachine et les pantins du village planétaire

Mon nom ne vous dit rien, peut être. Je suis Mégamachine 2011, dernière descendante d’une longue lignée d’êtres puissants qui ont tous mon nom et qui, à tour de rôle, ont dominés le monde. Un grand monsieur qui s’appelait Lewis Mumford m’a ainsi baptisée. C’était il y a une soixantaine d’années.
Si j’ai demandé à Fabrizio Sabelli de m’adresser à vous depuis son site, c’est parce que j’ai l’impression que, en ce moment, la plupart des humains ne savent plus ce qui se passe autour d’eux. Une crise gravissime est en train de dérégler et, peut être, de détruire leur monde et ils ne savent pas pourquoi. Et bien voilà. Je pense que l’acteur principal de cette catastrophe c’est moi. Oui, moi la Mégamachine 2011. Voyez-vous ? Certains experts d’économie et de finance disent que c’est la faute des marchés sans règles, des grandes banques d’affaires sans discipline, des fonds de pension sans équité et des agences de rating sans neutralité. Et ils sont raison. Mais seulement en partie. Je dis « en partie », car, en effet, ces institutions sont tout simplement des complices, mes propres complices. Mais ils ne sont pas les acteurs. Le seul acteur, vraiment efficace, dans tout ce bordel c’est moi, la Mégamachine 2011. Je suis une entité invisible composée de quelques milliers de Spirit Gonzales du calcul électronique au service de la spéculation financière. Ceux-ci se nomment High Frequency Traders. Des vrais magiciens de la vitesse dans le traitement des informations. Tant que l’argent c’est la vie, tant que l’argent est énergie, tant que l’argent est liberté, moi, la megamachine, dominera le monde. Et je dois mon succès uniquement à ma vitesse, à ma capacité de m’infiltrer dans les interstices des échanges ultrarapides d’un marché dans lequel tout se joue sur des fractions de second. Mon extraordinaire rapidité est assurée par une clé magique qui change tout le temps et qui s’appelle algorithme. Cet outil, qui est en notre possession en ce moment, vaut dix fois plus que toutes les réserves d’or existantes sur la planète. Toutes ces grandes manœuvres qui touchent l’endettement public des pays, la fluctuation de leurs devises, les taux de leur chômage, leurs produits nationaux bruts, tout ça ce n’est que du décor de théâtre. Dans ce théâtre je suis le marionnettiste et les politiciens, leurs collabos et les milliards des victimes de ce système sont mes pantins. Vous l’avez compris. Ma mission est de faire gagner aux riches un maximum avant la débâcle finale de tout le système économique. Seulement quelques milliers de jeunes qui dorment dans de tentes sur les places des grandes villes semblent avoir compris tout cela. Eux, ils sont les seuls à pouvoir le dire haut et fort, car ils n’ont plus rien à perdre.

Vendredi 18 novembre 2011
Karl et les indignés

Quand le monde est en train de s’écrouler sous les coups portés par ces géants invisibles qu’on appelle « les Marchés Financiers », il arrive qu’on fasse des rêves étranges. C’est ce qui c’est passé la nuit dernière. Le vieux Karl, encore une fois, m’a rendu visite pendant mon sommeil. « Tu sais, m’a-t-il dit, après avoir observé et écouté les jeunes indignés qui manifestent sur les places de presque toutes les villes du monde, j’ai pris la décision de réécrire mon manifeste que j’appellerai « le Manifeste du Nouveau Monde ». J’ai déjà mon plan. Chaque chapitre aura comme titre un des slogans conçus par ces jeunes révolutionnaires. Je les ai enregistrés et je te les livre ici pour que tu les diffuses dans ton site. Les voici.
« Le monde se divise entre indignes et indignès. » « Qui sème l’indignation récolte la révolution ! » «  L’oligarchie nous pisse dessus, les médias disent qu’il pleut. » «  Ne capitule pas devant le capital. » « Je ne suis pas un compte en banque! » « Ne soyez pas des moutons, le troupeau est assez grand ! » « Je ne veux pas perdre ma vie à la gagner. » « Travaille, consomme, emprunte, crève. » « Les marchés gouvernent et nous n’avons pas voté pour eux ! » « Oui à la démocratie, non à la detteocratie. » « Ceci n’est pas une crise, c’est un racket ! » « L’économisme n’est pas le futur de l’homme. » « On ne fait pas des dettes sans casser des vieux. » « On se consume à consommer. » « Comme disait Descartes (de crédit), je dépense donc je suis. » « Les banques mentent ! Votre argent n’existe pas ! » « Ce que nous vivons, ce n’est pas une crise, c’est une escroquerie ! » « Et si on leur disait merde ? » « Qu’ils partagent ou qu’ils dégagent ! »  « Quand l’injustice devient loi, la rébellion devient devoir. » « Face aux problèmes de ce monde, il vaut mieux penser le changement que changer le pansement. » « Ouvrez les yeux, éteignez la télé. » « Faites l’amour pas les magasins. » « Un peuple qui avance est un peuple qui pense et un peuple qui pense est un peuple qui avance. » « Vous prenez l’argent, nous prenons la rue. » « Être ou avoir ? » « L’amour est la vérité. » « Le pouvoir de l’amour est supérieur à l’amour du pouvoir. » « Quand le bonheur national brut ? » « Créer c’est résister. Résister c’est créer. » « Je pense donc je gêne. » « L’utopie est la vérité de demain. » « L’avenir appartient à ceux qui croient en la beauté de leurs rêves ! »



Vendredi 28 octobre 2011
La fable des indignés

- Papi, tu peux me raconter la fable des indignés?
- Mais tu l’as entendue déjà plusieurs fois, ma petite !
- Encore une fois, encore une fois avant de m’endormir. S’il te plait, Papi.
- D’accord.
Il était une fois une planète qui s’appelait Gaia, du nom de la Déesse qui l’avait créée. Gaia était triste et ses yeux étaient toujours remplis de larmes. Son chagrin avait une raison : une poignée de Géants Invisibles qui se nourrissaient uniquement d’argent s’étaient emparés de son royaume. Ils se faisaient appeler «Les Marchés ». Et ces « Marchés » étaient tellement grands qu’ils pouvaient balayer du regard le monde entier. Leur grande taille leur permettait de se parler entre eux sans être entendus par les millions de petits hommes qui étaient à leurs pieds. Rien n’échappait à leur contrôle. Et ils pouvaient meme donner des ordres à tous les habitants de leur planète, profiter de leur travail et, surtout, exploiter les ressources de la planète sans aucun souci de les renouveler. Les grands géants transformaient toutes ces ressources en argent pour pouvoir, ensuite, s’en remplir le ventre. En raison de leur invisibilité, « Les Marchés » pouvaient faire n’importe quoi et, surtout mentir comme des arracheurs de dents, sans être jamais désavoués. « Les Marchés étaient les patrons du monde ». Un beau jour, une tribu de petites femmes et de petits hommes fauchés, sans travail et sans avenir, qui se faisaient appeler «les indignés », trouvèrent le moyen de se brancher à des machines magiques et détecter tous les secrets des géants invisibles. Sur toutes les places des grandes villes du monde, à l’aide de hauts parleurs mobiles, ils commencèrent à dénoncer ces tricheries et ces injustices. Leur message fut écouté par des millions de petits hommes, lesquels décidèrent de ne plus tomber dans les pièges des « Marchés » et de ne plus les fourrager avec leur argent. Toute cette richesse, au lieu de rester dans le ventre des Géants Invisibles commença à circuler entre les mains de tous les petits hommes de la planète, sans distinction. L’argent ainsi récupéré fut utilisé pour produire beaucoup de fruits dont tout monde se nourrissait avec bonheur. Depuis le ciel, la déesse Gaia observait sa planète en fin refleurie. Elle reprit son sourire. Son royaume avait été sauvé.



Vendredi 21 octobre 2011
Mao Zedong propose « le grand bond en arrière »

Les très jeunes ne me connaissent pas ou me connaissent mal, alors que les adultes et les plus âgés me connaissent très bien. Je m’appelle Mao, Mao Zedong, ou Mao Tsé-toung, comme vous voulez. Je vous ai quitté il y a une trentaine d’années, mais je suis toujours présent dans les souvenirs de mon peuple. Mon pauvre peuple ! Les apparatchiks du parti que j’ai crée ont décidé faire de mon beau pays la fabrique du monde. Ainsi ils sont tombés dans le piège des banquiers et des financiers qui contrôlent le grand capital, chez nous comme ailleurs. Non. Je ne déconne pas. Donnez-moi quelques minutes pour vous expliquer avec un exemple : leur plan d’urbanisation forcée. Moi j’avais fait l’erreur de déporter des millions d’êtres humains à la campagne. Eux, ils sont en train de faire la même chose, mais à l’envers. Quelle bêtise ! 700 millions de chinois ont dû quitter leurs terres pour peupler des nouvelles villes monstrueuses. Dans quelques années dans mon pays il y aura quatre mégalopoles. Chacune hébergera 80 millions de personnes. Des millions de paysans ont dû quitter leurs villages pour être renfermés dans ces nouvelles prisons urbaines qu’ils appellent gratte-ciels. Ainsi, au lieu d’alimenter les masses populaires, le programme de ces idiots est d’alimenter leurs propres banques publiques, - qui n’ont de public que les noms - et d’enrichir les spéculateurs immobiliers du monde entier. Et pourquoi faire ? Pour construire des villes fantômes. Oui ! Des mégapoles qui ne seront jamais habités, faute d’ouvriers/acheteurs solvables. Car, il suffit d’un peu de récession de l’économie mondiale – c’est ce qui se passe en ce moment - pour que la ‘fabrique du monde’ chinoise fasse faillite en créant des centaines de millions de chômeurs. Voilà. C’est cela leur ‘communisme de marché’ : un système qui produit des villes fantômes, des gigantesques agglomérations urbaines destinées à demeurer totalement vides, puisque aucune banque ne prêtera de l’argent à des anciens ouvriers insolvables pour qu’ils puissent s’acheter leur appartement.
J’espère que ces imbéciles qui gouvernent mon beau pays m’écoutent en ce moment : « Un ‘grand bond en arrière’ s’impose avant que vos masses ne fassent de vous ce que les révoltés libyens ont fait de Kadhafi. »

Vendredi 14 octobre 2011
Cicciolina et les œuvres d’art toxiques
J’en suis sûre. Beaucoup d’entre vous ne me connaissent pas ou ne se souviennent pas de moi. Mon nom d’art est Cicciolina. Il y a une vingtaine d’années mon engagement pour la libération sexuelle avait fait scandale. En Italie notamment. Ces jours-ci, Je viens de prendre ma retraite après une longue carrière de porno star et de femme politique engagée. Mon français n’est pas très bon. C’est pourquoi j’ai fait parvenir ce message à Fabrizio Sabelli pour qu’il le lise dans sa chronique sonore. Comme vous savez, l’amour est ma passion. Et puisque je vous aime j’ai décidé de partager avec vous quelques-uns des secrets que mon ancien époux, le grand artiste Jeff Koons m’avait livrés avant notre séparation. « Tu sais, ma petite chérie, - m’avait-il dit - je veux être sincère avec toi. Ton mari, ici présent, n’est pas un artiste. Il n’est qu’un producteur de ‘pièges à cons’. Marcel Duchamp et Andy Warhol m’ont appris que la tribu des grands riches de ce monde est, en partie, composée d’imbéciles qui se croient des Dieux. Ces oncles picsou, déguisés en hommes de culture, sont disposés à acheter n’importe quoi pourvu que des soi-disant experts leur suggèrent que nos œuvres de merde aient de la valeur. Sais-tu que ma panthère rose, un médiocre artefact, a été évaluée bien davantage qu’un dessin de Michelangelo ? C’est pour cela que je les appelle mes bidules des ‘pièges à cons’ ». C’est ainsi que mon mari Jeff Koons et d’autres compères ont commencé à produire des œuvres d’art toxiques pour des grands spéculateurs. Ils sont créé l’équivalent des produits dérivés, toxiques eux-aussi, proposés par ces autres génies de l’arnaque qu’on appelait des créateurs financiers. Le nom de Bernard Madoff vous dit quelque chose ? Et les sociétés de vente aux enchères comme Christie’s et Sotheby’s ne fonctionnent-elles pas comme des agences de rating du marché de l’art ? Mais maintenant les temps changent. Le tsunami de la crise va emporter avec lui tous ces faussaires de la création artistique. Et les spéculateurs devront s’inventer d’autres pièges à con. Ainsi va le monde. Parole de Cicciolina !

Vendredi 7 octobre 2011
« Je vous aime ! » Signé Karl Marx »
Savez-vous en quoi consiste le bonheur de vivre ici, dans le pays des vacances éternelles ? On ne s’ennui jamais. C’est le cinéma permanent. Le film que nous regardons ces temps-ci est vraiment excitant. Il raconte l’histoire de votre monde d’aujourd’hui. Jamais a été conçu un scénario si original. Imaginez : deux tribus se font la guerre à leur insu. Sans s’en rendre compte. Celle des panthères grises est l’ethnie la plus puissante. Cette tribu détient la clé de tous les pouvoirs car elle contrôle l’accès à toutes les richesses. En revanche, ses membres affiliés ont un grave handicap : ils regardent ce qui se passe dans le monde mais leurs yeux ne voient rien. Les panthères grises regardent sans voir. Une épidémie planétaire appelée « économisme » les a rendues aveugles. Par exemple, quand les panthères regardent à la télévision les jeunes loups qui se révoltent contre leur exploitation et se font même tuer pour cela, ils ne perçoivent pas autre chose que des perturbations de l’ordre public ou des entraves à la circulation des voitures. Les jeunes loups sans pouvoir, par contre, ont une perception du monde tout à fait claire. En raison de leur jeune âge d’esprit, de leur condition sociale et de leur mode de vie, ils ont le don de la lucidité. Par exemple ils voient clairement que ce que tout le monde appelle « les marchés » n’est rien d’autre qu’un grand Casino, un Casino planétaire où les riches s’amusent à faire des paris sur tout et n’importe quoi. Ils voient que les grandes banques ne sont plus des banques mais des Salles de jeu de hasard, remplies de dettes et destinées à la faillite. Les jeunes loups ont même constaté que le système mis en place et entretenu par les panthères avec la complicité de sectes étranges appelées Standard and Poor et Moody’s tue davantage que toutes les guerres actuellement en cours sur la planète. C’est pour cette raison qu’ils se révoltent et parfois ils se font même tuer. Savez-vous une chose ? Les jeunes loups vont gagner la guerre. Pour une raison très simple : parce que ils n’ont plus rien à perdre. Si j’ai voulu partager avec vous l’histoire que je suis en train de voir c’est parce que je vous aime et je tiens à que vous retrouviez un peu de bonheur avant de me rejoindre. Enfin, je vais être sincère. Par ce film je vous représente ma nouvelle version de la lutte des classes. Ah ! Excusez-moi ! J’ai oublié de me présenter. Je m’appelle Karl. Karl Marx.

Vendredi 23 septembre 2011
Une belle guerre “anticrise”!
Je m’appelle Jonathan. Je suis étatsunien et porte paroles du mouvement politique appelé « Tea Party ». Puisque la crise est globale et elle nous concerne tous, je vais vous faire part de nos projets pour nous en sortir la tête haute et en…gagneurs. Ce que Fabrizio Sabelli me permet de vous dire dans cette chronique est, pour vous européens, d’une importance capitale. Sachez que les décisions que mon pays va prendre prochainement vont bouleverser le monde entier. Voyez-vous, aujourd’hui, l’Amérique n’est plus l’Amérique. Obama, ce socialiste afro-américain qui nous gouverne, est le fantoche d’un lobby arabo-marxiste et, par-dessus le marché, il a vendu notre grand pays aux chinois. Et maintenant il a décidé d’exproprier par des impôts notre élite du fruit de leur travail, au profit d’étrangers qui se sont clandestinement installés sur notre terre sacrée. Heureusement il existe aux Etats Unis le peuple du Tea Party. Notre programme est maintenant clair. Je le dévoile ici avant qu’il soit rendu officiel. Écoutez bien. C’est un scoop ! Primo. Nous préparons notre victoire, désormais certaine, aux prochaines élections présidentielles. Secundo. Nous allons demander à notre élite non pas de payer davantage d’impôts, mais d’investir 4000 milliards de dollars dans notre industrie d’armement, la meilleure du monde. Les plus âgés d’entre vous s’en souviennent. C’est ce que nous avons fait en 1937 pour sortir définitivement de la crise de 29. Tertio. Sur l’exemple de la stratégie adoptée par le grand Ronald Reagan en Amérique Latine et ailleurs, le nouveau gouvernement des Etats Unis prêtera son soutien financier et armé aux millions de chinois qui s’opposent à leur gouvernement communiste et impérialiste. Conséquence de notre politique, déclenchement d’une guerre civile dans tout le pays ! L’hégémonie économique chinoise n’aura duré que quelques années. Mais. Mais...On ne fait pas d’omelette sans casser des œufs, comme vous dites. Hélas ! Pour sauver le monde et pour sortir définitivement de la crise, notre plan prévoit le déclanchement d’une troisième guerre mondiale. Et puisque notre peuple a besoin d’une victoire, après les dernières défaites au Vietnam et en Irak, nous n’avons pas d’autre choix. C’est la réalité qui nous l’apprend. Puisque les économistes sont des idiots, incapables de faire sortir les peuples de leurs crises, il n’y a que les militaires qui peuvent faire le boulot.

Vendredi 09 septembre 2011
Enfin, des arbres clonés... !

Je me présente. Je suis un châtaigner. Le châtaigner de Troubois. Je vis depuis une dizaine de siècles ici, près du lac Léman, pas loin de Genève. En raison de mon âge et de ma taille on me considère un monument historique, un monument vivant, bien sûr, puisque je suis un arbre. Si aujourd’hui je m’adresse à vous, les humains, c’est pour vous dire que vous êtes des suicidaires idiots. Pourquoi ? Et bien parce que vous êtes en train de vivre une véritable crise de civilisation et au lieu de nous demander des conseils sur comment vous en sortir – après tout avec nos dix mille ans d’expérience nous en avons vus des crises ! – vous programmez, à votre insu, votre déchéance finale. Vous ne le savez pas encore, peut-être. Vos Frankenstein, vos chercheurs qui se prennent pour des scientifiques ont récemment décidé de nous cloner. Et oui ! Ils sont bel et bien des clones ces monstres qu’ils ont inventé pour nous remplacer et qu’ils appellent « arbres artificiels ». Le calcul qui les a conduits à cette décision débile est très simple. Si à un châtaigner comme moi il lui faut un an pour absorber une tonne de votre saloperie de gaz à effet de serre, les arbres artificiels qu’ils viennent d’inventer aboutissent au même résultat en un seul jour ! Nous, les arbres vivants, ne sommes plus compétitifs sur le marché de la protection de l’environnement. Et dans votre système économique qui n’est plus compétitif est destiné à disparaitre. « L’avenir du genre humain est, enfin assuré ! - disent haut et fort 35.000 experts financiers et les investisseurs qui soutiennent ce projet! Le sort des forêts tropicales africaines et amazoniennes est signé. Les patrons d’Exxon, Shell, BP, Texaco, Chevron et Total, sablent le champagne. Car, votre pétrole bien aimé peut continuer à polluer la planète! Voilà pourquoi vous êtes des idiots suicidaires !

Vendredi 01 juillet 2011
L’indignado qui pense le monde avec les yeux.

Je vous parle depuis la place de la Puerta del Sol à Madrid. Je vis ici, en ce moment, en compagnie de quelques milliers de camarades « indignados ».
Fabrizio Sabelli m’a proposé de vous transmettre cette chronique corsaire assez étrange. Puisque je suis à la fois chercheur économiste en chômage et vidéo-artiste, je vous prie non seulement d’écouter mais aussi de voir le message tel que je vous l’adresse... à ma manière. C’est bon ? Fermez maintenant vos yeux et regardez ! Regardez ces millions, ces milliards de billets de dollars qui enveloppent des êtres humains en position horizontale, comme s’ils étaient renfermés dans des cercueils. Les voyez-vous voltiger comme s’il s’agissait d’une masse concentrée et virevoltante d’étourneaux qui dansent heureux dans le ciel ? Regardez maintenant lorsque ces billets/cercueils, soudain, en parfait ordre d’escadrille, se débarrassent de leurs cargaisons dans l’océan, comme s’il s’agissait d’une opération de nettoyage humain planifiée par Videla dans l’Argentine des généraux. Cette vidéo-création je l’appelle « la volatilité des marchés financiers ».
Mais, restez encore les yeux fermés et observez cette installation virtuelle que je viens de terminer. Vous le voyez ce désert aride sans fin ? Vous la voyez sa surface blanchâtre toute crevassée ? Votre regard se pose, j’en suis certain, sur ces carcasses de vautours, éparpillés par milliers sur le sol. Si vous vous concentrez, vous pouvez même discerner l’odeur de la mort qui se dégage de ce paysage sinistre. Maintenant prenez votre loupe et observez bien le fond de chaque crevasse, là où le sol apparait presque de couleur noir. Votre regard découvre un monde surprenant ! Comme dans un tableau de Jérôme Bosch, ça fourmille, ça bouge, ça vit. Des millions de femmes et d’hommes, surtout des jeunes, sont en train de cultiver des jardins, de soigner des forets et des animaux, de bâtir des bibliothèques, de jouer des pièces de théâtre, des tourner des films. Ils dansent, ils peignent, ils créent ; ils réinventent la vie, ensemble. Nature et culture : c’est l’essentiel pour vivre heureux. J’appelle cette création « Sous les désastres, la vie » ou, si vous préférez, « la transformation silencieuse et invisible du monde ».

Vendredi 24 juin 2011
“La révolution est en cours !
C’est Wang Fuzhi qui vous le dit.
La plupart d’entre vous ne me connaissent pas. Et c’est compréhensible. J’ai vécu sur terre, en Chine, au XVII siècle et je m’appelle Wang Fuzhi, profession penseur. Si je revient dans votre monde c’est pour vous ouvrir les yeux sur ce qui se passe sous vos yeux, justement ! Car, ce qui advient chez vous en ce moment et que vous n’êtes pas en condition de percevoir, c’est une véritable révolution. Mais puisque la forme de cette révolution est celle d’une transformation silencieuse, discrète et souterraine, de toute manière d’envisager les relations humaines – notamment, celles qui concernent l’économie et la finance – tout se passe comme si vous vous interdissiez d’en prendre conscience. Attention ! Je ne crois pas que vous ayez peur du changement. Pour comprendre ce qui se passe sous vos yeux et que vos yeux n’enregistrent pas, il vous faut, tout simplement, l’événement. Votre sagesse, si celle-ci existe encore dans votre monde, se nourrit de constats. Votre pensée pour être activée réclame un événement qui vous touche de très près, comme la faillite de trois ou quatre Etats proches de vos frontières ou la débâcle de la très puissante banque d’affaires qui gères vos sous. Voilà ce qu’il vous faut, et encore ! pour vous persuader qu’une page de l’Histoire est définitivement tournée et qu’il est temps de vivre autrement la vie qu’on vit. Pourtant le vent des transformations silencieuses qui souffle depuis l’Afrique du nord, du Moyen Orient, de la Grèce et d’Espagne charrie avec lui toutes les informations dont vous avez besoin pour acquérir un peu de lucidité. La société que vous appelez « de communication » vous a transformés en téléspectateurs aveugles qui ignorent leur infirmité. Car, quand on ne voit pas ce qu’on ne voit pas, on ne voit même pas qu’on ne voit pas.

Vendredi 17 juin 2011
“C’est Moi le vrai révolutionnaire”.
Silvio Berlusconi.
Je profite de ce site de Fabrizio Sabelli pour m’adresser à vous, chers compagnons suisses, français, européens. Vous le savez tous. Je vais, enfin, quitter les affaires. Je vais me retirer dans ma villa d’Antigua. Contrairement à ce que vous pensez, ma retraite est bien méritée. Comme disait autrefois mon camarade George Marchais, ma présence sur la scène nationale et internationale a été « globalement positive ». Qui a inventé le populisme médiatique, le culte démocratique de la personnalité et l’art de contourner les principes de droit constitutionnel ? Sarkozy, Putin et bien d’autres ont bien appris ma leçon. Qui a eu le courage de légitimer ouvertement le conflit d’intérêt et, indirectement, la corruption et le pouvoir des maffias ? Qui, au nom de la liberté du marché, a transformé les spéculateurs en prédateurs ? Qui a jamais eu le courage de confier des tâches de gouvernement à des stripteaseuses ? Qui a réduit le pouvoir d’achat des producteurs de richesses et organisé l’exploitation systématique des jeunes précaires ? C’est moi qui ai accompli cette révolution. Et ma révolution a été aussi culturelle. J’ai tout fait pour que les œuvres de culture et des arts passent à la poubelle et la phallocratie devienne valeur dominante. Et bien, chers amis, maintenant tout cela est en train de donner ses fruits. Le système capitaliste est en crise, les travailleurs se réorganisent et protestent, des millions des jeunes s’indignent et envahissent les places de nos pays. La justice sociale est devenue leur nouvelle frontière. Sans moi, sans le père Silvio, les peuples se seraient endormis dans leur illusion de liberté. Ils n’auraient jamais pris conscience de l’absurdité du système qui les domine. Je suis le meilleur, je suis le sauveur du monde. Appelez-moi Silvio le Grand.

Vendredi 10 juin 2011
Une bactérie tueuse en série veut nous sauver !
Bonjour chers amis. C’est une bactérie tueuse qui vous parle aujourd’hui. Une bactérie tueuse multi-résistante et mutante. On m’appelle Escherichia Coli. J’ai attaqué quelques milliers d’humains, j’en ai tué une trentaine et j’ai semé la pagaille sur le marché de vos produits agricoles. Vous êtes affolés parce que vous ignorez mon origine. Que vous êtes bêtes ! Mais...mon origine est tellement évidente ! Ouvrez vos yeux, bon sang ! Elle s’appelle profit. Un profit généré par une agriculture industrialisée au service d’un système de production alimentaire globalisé. Votre habilité à transformer le monde est désormais supérieure à votre capacité de prévoir les effets de ces transformations. Vous ne pouvez plus anticiper les étapes de votre devenir comme autrefois, quand l’histoire guidait vos choix. De nos jours, l’histoire vous tombe sur la tête. Et ça fait très mal ! Voyez-vous, moi je suis un peu comme Ben Laden. Vous nous avez fabriqués, tous le deux, pour vous détruire. Et vous prenez un malin plaisir à nous combattre, pour voir si vous êtes encore assez forts et capables de gagner des guerres que vous déclenchez vous-mêmes. Au fond, vous êtes des masos qui s’ignorent. Vous faites de nous des tueurs à gage en série pour voir si vous êtes ensuite capables de nous éliminer. Mais, n’avez-vous pas compris que la biotechnologie et la manipulation génétique au service d’une économie mondialisée nous engendrent, nous les tueurs en série invisibles, et cela pour vous anéantir ? Et puisque vous n’êtes pas encore totalement idiots, arrêtez donc votre cirque. Si vous êtes incapables de faire l’histoire et encore moins d’en prévoir le chemin, au moins tournez vous en arrière. Seulement le passé pourra guider votre avenir. Ne l’oubliez pas, ce regard vers le passé s’appelle « culture ». Et je vous l’assure, face à la culture qui veut dire « intelligence des choses à la lumière de l’histoire », nous sommes, nous les tueurs en série, totalement impuissants.

Vendredi 3 juin 2011
Les dieux algorithmes et le bonheur retrouvé
Ayez la gentillesse de m’écouter pendant deux petites minutes. La plupart d’entre vous ne me connaissent pas. Pourtant, c’est moi qui conditionne votre destin. Je me présente : je m’appelle algorithme. Vous ne le savez, peut être, pas. C’est moi qui domine le monde. Quand un dieu se meurt des nouvelles divinités le remplacent. Avant il y avait le dieu marché, maintenant il y a les dieux algorithmes. Nous sommes des modèles mathématiques très puissants, capables de vous faire gagner de l’argent non seulement sans créer de richesse – comme le fait très bien le marché financier – mais en achevant définitivement le monde capitaliste qui nous a engendrés. Et oui ! Nous sommes en train de remplacer la « destruction créatrice » de l’économie réelle, comme disait Schumpeter avec sa « destruction dévastatrice », engendrée par les produits financiers que nous inventons chaque jour. Comment est-ce possible – diriez-vous ? C’est un peu compliqué à expliquer. Toute divinité se doit de garder ses mystères ! Tout ce que je peux vous dire, pour être très simple, c’est que nous traitons mathématiquement chaque jour des milliards de dollars que vous nous confiez de manière qu’on puisse toujours gagner et ne jamais perdre. C’est la grande vitesse de nos opérations d’achat/vente, de nos opérations de pari-gagnant qui assure nos performances spéculatives. Tout ce que nous faisons n’a plus rien à faire avec l’économie réelle, avec ce que vous produisez, échangez et consommez. Et cela jusqu’au jour de la catastrophe finale, quand les inégalités que nous provoquons détruira votre belle économie. Ce jour-là nous allons disparaitre pour toujours et avec nous disparaîtra aussi tout ce monde pourri par les activités spéculatives. Ce jour-là, j’en suis sûr, vous allez, enfin, retrouver votre bonheur ! Parole d’algorithme.

Vendredi 27 mai 2011
Des bonus pour sauver le capitalisme
La nouvelle est tombée la nuit dernière, pendant mon sommeil. Après l’Afrique du Nord, le Moyen Orient et l’Espagne, la fièvre de l’indignation s’est répandue dans la vieille Europe aussi. Mais elle a pris une forme nouvelle. A Paris, à Lyon, à Milan à Genève, à Zurich et ailleurs des centaines de milliers de jeunes sont descendus dans les rues et, dans la foulée, ils sont occupés pendant plusieurs semaines les sièges de 36 entreprises de la finance mondiale. Avec la complicité discrète des forces de l’ordre et la médiation d’enseignants des facultés d’économie et de quelques prix Nobel, ils ont lancé l’opération « sauver le capitalisme ». Ils ont obtenu que tous les bonus et autres gratifications perçus en 2010 par les dirigeants de ces entreprises soient destinés, sous la forme de prêt remboursable, à un fond appelé ROC. ROC signifie « return on creativity », « retour gagnant sur des idées géniales ». 100 millions d’euro, le montant de ces bonus, servira à financer le plus grand concours d’idées anticrises de l’histoire du capitalisme: 10.000 nouvelles idées de projets anticrise dans le domaine économique, écologique, social et culturel. C’est ce qu’on appelle du capital immatériel générateur de richesse et d’emploi : Pas besoin d’être des créatifs professionnels. L’opération ROC s’adresse notamment à tous les jeunes en quête d’emploi. Car, j’en suis persuadé, nous sommes tous des créateurs qui s’ignorent. Il suffit d’avoir faim de changement, d’observer le monde avec curiosité et esprit critique, de laisser libre cours à l’imagination, de disposer d’un guide et d’un minimum de méthode. L’économie contaminée par l’esprit artistique... Une idée diaboliquement simple! Le grand Fernand Pessoa a raison : il faut jouer avec la vie comme s’il s’agissait d’un rêve et il faut jouer avec les rêves comme s’il s’agissait de la vie.